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Trésorerie : comment je construis un prévisionnel à 13 semaines en 2 jours

Le prévisionnel de trésorerie est l'outil le plus essentiel et le plus négligé du pilotage de PME. Voici la méthode que j'utilise pour le mettre en place rapidement chez mes nouveaux clients.

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Le tabou de la trésorerie

Lors d'un premier rendez-vous récent, j'ai posé ma question habituelle à une dirigeante de PME : "Quel est le solde de votre trésorerie aujourd'hui ?"

Réponse : "Heu... je dois regarder."

Puis : "Et dans 8 semaines, quel sera-t-il ?"

Long silence.

Cette dirigeante n'est pas une exception. Elle est la règle. Sur la centaine de dirigeants que j'ai rencontrés ces dernières années, moins de 30 % avaient une vision claire de leur trésorerie au-delà de la semaine en cours. Les autres pilotaient à vue, alternant entre confort apparent et stress brutal quand les échéances tombaient.

C'est pourquoi le prévisionnel de trésorerie à 13 semaines est, à mes yeux, l'outil le plus rentable que je puisse mettre en place chez un nouveau client. Voici la méthode, en 2 jours.

Pourquoi 13 semaines, et pas 4 ou 26 ?

13 semaines, c'est un trimestre. C'est l'horizon idéal pour le pilotage opérationnel : assez court pour rester précis, assez long pour anticiper les décisions importantes (négociation bancaire, recrutement, investissement, paiement de gros fournisseurs).

À moins de 4 semaines, vous gérez du quotidien, pas du pilotage. Vous réagissez aux échéances, vous ne les anticipez plus.

À plus de 6 mois, la précision se dégrade trop pour être actionnable. Trop d'hypothèses, trop d'incertitudes, trop de bruit dans les chiffres.

13 semaines, c'est l'équilibre. C'est aussi le standard utilisé par la majorité des banquiers d'affaires et des directions financières expérimentées.

La méthode en 2 jours

Jour 1 (matin) : extraction des données existantes

L'objectif du premier jour est de reconstituer le passé proche, qui sert de base au futur. Trois sources :

1. Le grand livre des derniers mois J'extrait les flux de trésorerie réels des 3 derniers mois (encaissements, décaissements). Cela permet d'identifier les saisonnalités, les régularités, les pics. 2. La balance clients et fournisseurs Je regarde l'âge des créances clients (qui doit me payer, quand) et l'âge des dettes fournisseurs (qui dois-je payer, quand). C'est la base de la première colonne du prévisionnel. 3. L'échéancier des charges sociales et fiscales Cotisations URSSAF, TVA, IS, taxes diverses. Ces échéances sont prévisibles et lourdes. Les oublier est la principale cause de tension de trésorerie inattendue.

Jour 1 (après-midi) : modélisation Excel

Je construis un fichier Excel structuré sur 13 semaines, en lignes de 3 grandes catégories :

Encaissements

Décaissements opérationnels

Décaissements exceptionnels

Chaque ligne, chaque semaine, est une cellule. Le total par semaine donne la variation de trésorerie. Le cumul donne le solde projeté.

Jour 2 (matin) : entretiens avec le dirigeant et les commerciaux

L'extraction des données passées ne suffit pas. Le futur dépend largement de ce qui se passe maintenant dans l'entreprise.

Avec le dirigeant :

Avec les commerciaux (si l'entreprise a une équipe commerciale) :

Ces informations qualitatives transforment le prévisionnel. Sans elles, le modèle n'est qu'une projection mécanique du passé. Avec elles, il devient un vrai outil de pilotage.

Jour 2 (après-midi) : finalisation et présentation

Je consolide le prévisionnel, je teste 3 scénarios :

Pour chaque scénario, je donne le solde minimum projeté sur 13 semaines, la date à laquelle ce minimum est atteint, et les actions correctrices envisageables.

Le tout est présenté au dirigeant en 1h30, avec le fichier Excel commenté. À la fin de la séance, le dirigeant a en main l'outil le plus précieux pour piloter sereinement son trimestre.

Les bénéfices concrets pour le dirigeant

Je ne raconte pas un cas théorique. Voici ce que mes clients me retournent après mise en place de cet outil :

1. Disparition du stress de la trésorerie "Je dors mieux." C'est presque toujours la première phrase. Savoir précisément ce qui va se passer permet d'arrêter de craindre l'inconnu. 2. Meilleures conditions bancaires Un dirigeant qui présente à son banquier un prévisionnel à 13 semaines, structuré et argumenté, est immédiatement perçu comme plus rigoureux. Cela débouche sur des lignes de crédit plus larges, des taux mieux négociés, des discussions plus stratégiques. 3. Décisions d'investissement éclairées Faut-il acheter cette nouvelle machine ce trimestre ou attendre le prochain ? Le prévisionnel donne la réponse : oui si la trésorerie absorbe l'investissement avec marge, non si on tomberait sous un seuil critique. 4. Anticipation des tensions saisonnières Beaucoup d'activités ont des creux saisonniers structurels (juillet-août, janvier). Le prévisionnel permet de les anticiper et de mobiliser les financements nécessaires en amont, à des conditions normales — pas en urgence à des conditions dégradées.

La mise à jour : 1 heure par semaine, pas plus

Une fois le prévisionnel construit, le maintien demande peu de temps : 1 heure par semaine, généralement le lundi matin.

Cette heure consiste à :

C'est un investissement modeste pour un bénéfice considérable. Aucune action de pilotage financier ne génère un meilleur retour que ce simple geste hebdomadaire.

Pour quelles entreprises est-ce pertinent ?

Le prévisionnel de trésorerie à 13 semaines est pertinent dès lors que votre entreprise réalise au moins 500 000 euros de chiffre d'affaires annuel. En dessous, un suivi mensuel suffit généralement.

Au-delà de 1 million d'euros de CA, c'est selon moi indispensable. Et dès que l'entreprise a un endettement bancaire significatif ou des projets d'investissement, c'est même non négociable.

En pratique

Si votre trésorerie vous préoccupe, ou si vous avez le sentiment de piloter à vue, je propose un diagnostic offert de 30 minutes. On regarde votre situation et je vous indique honnêtement si la mise en place d'un prévisionnel à 13 semaines aurait un impact significatif pour vous.

C'est l'une des missions les plus rapidement rentables que je connaisse.

Olivier Poncet — Fondateur de GEFIMA, DAF à temps partagé pour TPE et PME.
Olivier Poncet — Fondateur de GEFIMA, DAF à temps partagé pour TPE et PME.

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